Chaque année, environ deux millions de Français sont harcelés à leur travail par un supérieur hiérarchique, un collègue Ou un subordonné. Vous avez l'impression de faire partie du lot? Apprenez à réagir vite et bien pour contrer votre agresseur. Voici les conseils de spécialistes.
Le harcèlement
moral est une notion récente. Il y a encore une dizaine d'années, nul n'aurait
pensé que se faire traiter de «bonne à rien» ou de « tire-au-flanc» par son
supérieur relevait de la violence gratuite ou de la perversité, et qu'il était
possible de se battre: on subissait et on souffrait en silence. Mais, de plus
en plus, les langues se délient et les maux du monde du travail apparaissent au
grand jour.
Le harcèlement moral, la violence perverse, le «mobbing» (du verbe anglais «to mob» qui signifie molester), le «bullying » (de «bully», tyran), autant de termes pour dire l'inadmissible: les brimades, humiliations, sarcasmes qui poussent certains à la démission, à la dépression, voire au suicide. Sans devenir fort heureusement la règle dans les entreprises, le harcèlement n'est pas un phénomène exceptionnel. Selon une étude européenne, 1,9 million de Français en auraient été victimes sur leur lieu de travail en 1997, soit environ 9% des salariés, ce qui est loin d'être négligeable!
Dépréciation de
la tâche accomplie, tentatives d'isolement, surcroît de travail, brimades,
autant de techniques utilisées par le persécuteur, généralement un « pervers »
(au sens psychologique), pour arriver à ses fins: humilier sa victime, saper
son moral, Son estime de soi, la ridiculiser jusqu'à ce que sa vie
professionnelle (mais aussi privée) devienne un enfer. Face à l'insoutenable,
il faut se battre pour garder sa dignité et tenter de faire sanctionner son
agresseur. Voici, pour vous y aider, les conseils d'un médecin du travail et
d'un psychiatre.
Faites le point
La question clé
est la suivante: la situation que vous vivez relève-t-elle vraiment de la
violence morale? Il est essentiel de le savoir avant d'aller plus loin.
Etes-vous généralement hypersensible aux reproches d'autrui, qu'il s'agisse de
votre travail ou de votre vie personnelle? Peut-être avez-vous «mal pris», par
excès de susceptibilité, les remarques d'une personne autoritaire ou irritable
qui n'a pas su se contrôler? Même si celle-ci est à blâmer, il ne s'agit pas,
alors, de harcèlement proprement dit (voir notre encadré). Peut-être vos
conditions de travail sont-elles mauvaises?
Analysez le
mieux possible vos sensations profondes face au collègue que vous soupçonnez.
Les observations concernant vos qualités professionnelles ou votre attitude
sont-elles réellement injustifiées et visent elles à vous rabaisser? Ce bilan
préliminaire vous oblige à vous remettre en cause et, bien sûr, vous risquez de
vous trouver des torts. Mais rassurez-vous, on en a toujours: nul n'est tenu
d'être parfait! Pour y voir un peu plus clair, n'omettez pas d'interroger les
collègues en qui vous avez confiance (sans les harceler... ). Ont-ils remarqué
quelque chose d'anormal dans vos relations avec celui que vous considérez comme
votre agresseur? Pensent-ils sincèrement que vous souffrez de discrimination?
Etes-vous « sur un siège éjectable» et cherche-t-on à vous licencier? Quel type
de relations ont-ils, eux, avec cet individu?
Se sentent-ils
également harcelés? Si certains risquent de se désolidariser, les commentaires
des autres vont vous mettre sur la bonne piste et vous donner une vision plus
nette de ce que vous Vivez.
Expliquez-vous rapidement
C'est une étape
difficile, qui va vous demander tout votre self-control. Mais si vous avez des
doutes, vous devez affronter rapidement la personne qui vous importune, afin de
vous assurer que vos sentiments correspondent bien à une réalité. Votre nouveau
supérieur se permet des remarques blessantes sur votre manière de répondre au
téléphone ou d'organiser son emploi du temps? Une rapide mise au point
s'impose. Allez-le voir et demandez-lui ce qu'il vous reproche précisément.
Vous serez très vite fixée. Soit ses propos sont clairs: il vous explique
quelles sont vos erreurs, et vous repartez l'esprit tranquille; soit vous
constatez qu'il vous a «dans le nez»: l'entretien déborde du champ de vos
compétences professionnelles. Vous vous apercevez qu'il cherche à remettre en
question vos qualités et à vous faire perdre pied.
L'échec de la
communication montre que vous avez affaire à un pervers.
Si le dialogue
semble impossible, restez calme et, surtout, ne parlez pas de ce que vous
ressentez, ni du fait que ses manières agressives et humiliantes vous blessent
ou vous chagrinent. Ne laissez rien transparaitre de vos émotions réelles. Cela
reviendrait à lui ouvrir une brèche par laquelle il ne manquerait pas de
s'engouffrer! Gardez une chose en tête: les « harceleurs» sont des pervers, ils
aiment faire souffrir et sont incapables de se mettre à la place d'autrui.
Alors ne leur
laissez pas le champ libre.
Conservez votre sang-froid
Un conseil:
gardez la tête froide. A présent, vous savez à qui vous avez affaire: essayez
de devenir imperméable aux tentatives d'humiliation de votre agresseur. Son but
est de vous dévaloriser, de vous faire perdre votre confiance en vous. Mais
vous et ceux qui vous aiment, vous savez ce que vous valez. Efforcez-vous de
vous « blinder » pour vous protéger. Votre comportement influe directement sur
celui de votre «ennemi». Ce qui signifie que, plus vous réagirez comme une
victime, plus il aura envie de jouer son rôle de tortionnaire.
Certes, il est
difficile de dissimuler ses sentiments, mais plus vous serez forte, moins vous
offrirez de prise à sa méchanceté. Un impératif: dédramatiser. Le travail,
c'est l'enfer, mais vous avez une vie de famille épanouie, des amis qui vous aiment,
des passions, une maison dans laquelle vous êtes bien... Gardez le sens de la
mesure: le travail n'est qu'une activité qui ne doit pas empiéter sur votre vie
privée.
Ne vous avouez
pas pour autant vaincue.
Vous pouvez
essayer de constituer un dossier destiné à piéger votre agresseur. Aujourd'hui
encore, le harcèlement moral n'est pas vraiment reconnu sur le plan juridique.
Mais, comme il s'agit d'un problème dont on parle de plus en plus, certaines
victimes parviennent désormais à se faire entendre. II arrive même que leur
persécuteur soit sanctionné. D'un point de vue pratique, demandez à des
collègues de témoigner des humiliations que vous avez subies..
Notez chaque
événement (date et heure),
conservez les notes de service, lettres recommandées, messages désagréables que l'on vous envoie... Soyez concrète, sans pour autant ne plus faire que cela!
Cherchez un appui de tous côtés
Beaucoup de
gens peuvent vous soutenir au sein même de votre entreprise. Trouvez-vous des
alliés parmi vos collègues, ceux qui vous apprécient et reconnaissent vos
qualités. Contactez le plus rapidement possible le médecin du travail. Même si
son rôle n'est pas aisé (voir encadré), il peut vous aider, au quotidien, à
exprimer ce que vous ressentez, mais aussi à bien comprendre les mécanismes du
harcèlement: les identifier permet de sortir de la spirale infernale. A défaut,
voyez une infirmière, l'assistante sociale, votre médecin traitant... Alertez
la direction des ressources humaines (DRH) de votre entreprise, le supérieur de
votre agresseur, s'il en a un, ainsi que les partenaires sociaux: délégués du
personnel, représentant syndical, membre du comité d'entreprise, inspection du
travail.
Chacun d'eux,
dans son domaine, peut vous aider non seulement à supporter ce qui vous arrive,
mais aussi à vous défendre. En résumé, mettez carrément «les pieds dans le
plat» et n'hésitez pas à faire du remue-ménage sans vous inquiéter de savoir si
votre adversaire risque d'en être informé.
Enfin, parlez
de votre problème avec votre conjoint ou vos proches, ils vous apporteront un
soutien essentiel et vous aideront à vous changer les idées.
















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