dimanche 17 avril 2022

Harcèlement moral comment réagir

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Chaque année, environ deux millions de Français sont harcelés à leur travail par un supérieur hiérarchique, un collègue Ou un subordonné. Vous avez l'impression de faire partie du lot? Apprenez à réagir vite et bien pour contrer votre agresseur. Voici les conseils de spécialistes.

Le harcèlement moral est une notion récente. Il y a encore une dizaine d'années, nul n'aurait pensé que se faire traiter de «bonne à rien» ou de « tire-au-flanc» par son supérieur relevait de la violence gratuite ou de la perversité, et qu'il était possible de se battre: on subissait et on souffrait en silence. Mais, de plus en plus, les langues se délient et les maux du monde du travail apparaissent au grand jour.

Le harcèlement moral, la violence perverse, le «mobbing» (du verbe anglais «to mob» qui signifie molester), le «bullying » (de «bully», tyran), autant de termes pour dire l'inadmissible: les brimades, humiliations, sarcasmes qui poussent certains à la démission, à la dépression, voire au suicide. Sans devenir fort heureusement la règle dans les entreprises, le harcèlement n'est pas un phénomène exceptionnel. Selon une étude européenne, 1,9 million de Français en auraient été victimes sur leur lieu de travail en 1997, soit environ 9% des salariés, ce qui est loin d'être négligeable!

Dépréciation de la tâche accomplie, tentatives d'isolement, surcroît de travail, brimades, autant de techniques utilisées par le persécuteur, généralement un « pervers » (au sens psychologique), pour arriver à ses fins: humilier sa victime, saper son moral, Son estime de soi, la ridiculiser jusqu'à ce que sa vie professionnelle (mais aussi privée) devienne un enfer. Face à l'insoutenable, il faut se battre pour garder sa dignité et tenter de faire sanctionner son agresseur. Voici, pour vous y aider, les conseils d'un médecin du travail et d'un psychiatre.

Faites le point

La question clé est la suivante: la situation que vous vivez relève-t-elle vraiment de la violence morale? Il est essentiel de le savoir avant d'aller plus loin. Etes-vous généralement hypersensible aux reproches d'autrui, qu'il s'agisse de votre travail ou de votre vie personnelle? Peut-être avez-vous «mal pris», par excès de susceptibilité, les remarques d'une personne autoritaire ou irritable qui n'a pas su se contrôler? Même si celle-ci est à blâmer, il ne s'agit pas, alors, de harcèlement proprement dit (voir notre encadré). Peut-être vos conditions de travail sont-elles mauvaises?

Analysez le mieux possible vos sensations profondes face au collègue que vous soupçonnez. Les observations concernant vos qualités professionnelles ou votre attitude sont-elles réellement injustifiées et visent elles à vous rabaisser? Ce bilan préliminaire vous oblige à vous remettre en cause et, bien sûr, vous risquez de vous trouver des torts. Mais rassurez-vous, on en a toujours: nul n'est tenu d'être parfait! Pour y voir un peu plus clair, n'omettez pas d'interroger les collègues en qui vous avez confiance (sans les harceler... ). Ont-ils remarqué quelque chose d'anormal dans vos relations avec celui que vous considérez comme votre agresseur? Pensent-ils sincèrement que vous souffrez de discrimination? Etes-vous « sur un siège éjectable» et cherche-t-on à vous licencier? Quel type de relations ont-ils, eux, avec cet individu?

Se sentent-ils également harcelés? Si certains risquent de se désolidariser, les commentaires des autres vont vous mettre sur la bonne piste et vous donner une vision plus nette de ce que vous Vivez.

Expliquez-vous rapidement

C'est une étape difficile, qui va vous demander tout votre self-control. Mais si vous avez des doutes, vous devez affronter rapidement la personne qui vous importune, afin de vous assurer que vos sentiments correspondent bien à une réalité. Votre nouveau supérieur se permet des remarques blessantes sur votre manière de répondre au téléphone ou d'organiser son emploi du temps? Une rapide mise au point s'impose. Allez-le voir et demandez-lui ce qu'il vous reproche précisément. Vous serez très vite fixée. Soit ses propos sont clairs: il vous explique quelles sont vos erreurs, et vous repartez l'esprit tranquille; soit vous constatez qu'il vous a «dans le nez»: l'entretien déborde du champ de vos compétences professionnelles. Vous vous apercevez qu'il cherche à remettre en question vos qualités et à vous faire perdre pied.

L'échec de la communication montre que vous avez affaire à un pervers.

Si le dialogue semble impossible, restez calme et, surtout, ne parlez pas de ce que vous ressentez, ni du fait que ses manières agressives et humiliantes vous blessent ou vous chagrinent. Ne laissez rien transparaitre de vos émotions réelles. Cela reviendrait à lui ouvrir une brèche par laquelle il ne manquerait pas de s'engouffrer! Gardez une chose en tête: les « harceleurs» sont des pervers, ils aiment faire souffrir et sont incapables de se mettre à la place d'autrui.

Alors ne leur laissez pas le champ libre.

Conservez votre sang-froid

Un conseil: gardez la tête froide. A présent, vous savez à qui vous avez affaire: essayez de devenir imperméable aux tentatives d'humiliation de votre agresseur. Son but est de vous dévaloriser, de vous faire perdre votre confiance en vous. Mais vous et ceux qui vous aiment, vous savez ce que vous valez. Efforcez-vous de vous « blinder » pour vous protéger. Votre comportement influe directement sur celui de votre «ennemi». Ce qui signifie que, plus vous réagirez comme une victime, plus il aura envie de jouer son rôle de tortionnaire.

Certes, il est difficile de dissimuler ses sentiments, mais plus vous serez forte, moins vous offrirez de prise à sa méchanceté. Un impératif: dédramatiser. Le travail, c'est l'enfer, mais vous avez une vie de famille épanouie, des amis qui vous aiment, des passions, une maison dans laquelle vous êtes bien... Gardez le sens de la mesure: le travail n'est qu'une activité qui ne doit pas empiéter sur votre vie privée.

Ne vous avouez pas pour autant vaincue.

Vous pouvez essayer de constituer un dossier destiné à piéger votre agresseur. Aujourd'hui encore, le harcèlement moral n'est pas vraiment reconnu sur le plan juridique. Mais, comme il s'agit d'un problème dont on parle de plus en plus, certaines victimes parviennent désormais à se faire entendre. II arrive même que leur persécuteur soit sanctionné. D'un point de vue pratique, demandez à des collègues de témoigner des humiliations que vous avez subies..

Notez chaque événement (date et heure),

conservez les notes de service, lettres recommandées, messages désagréables que l'on vous envoie... Soyez concrète, sans pour autant ne plus faire que cela!

Cherchez un appui de tous côtés

Beaucoup de gens peuvent vous soutenir au sein même de votre entreprise. Trouvez-vous des alliés parmi vos collègues, ceux qui vous apprécient et reconnaissent vos qualités. Contactez le plus rapidement possible le médecin du travail. Même si son rôle n'est pas aisé (voir encadré), il peut vous aider, au quotidien, à exprimer ce que vous ressentez, mais aussi à bien comprendre les mécanismes du harcèlement: les identifier permet de sortir de la spirale infernale. A défaut, voyez une infirmière, l'assistante sociale, votre médecin traitant... Alertez la direction des ressources humaines (DRH) de votre entreprise, le supérieur de votre agresseur, s'il en a un, ainsi que les partenaires sociaux: délégués du personnel, représentant syndical, membre du comité d'entreprise, inspection du travail.

Chacun d'eux, dans son domaine, peut vous aider non seulement à supporter ce qui vous arrive, mais aussi à vous défendre. En résumé, mettez carrément «les pieds dans le plat» et n'hésitez pas à faire du remue-ménage sans vous inquiéter de savoir si votre adversaire risque d'en être informé.

Enfin, parlez de votre problème avec votre conjoint ou vos proches, ils vous apporteront un soutien essentiel et vous aideront à vous changer les idées.


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